Le Donjon

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Boismont, place du Donjon, cercle d’arbres

À Boismont, un cercle d’arbres, au lieu dit « Le Donjon », révèle l’emplacement d’une fortification qui, près de l’embouchure de la Somme défendait le passage obligé du fleuve Somme appelé « Gué de Blanquetaque».

Ni levée de terre ni pierre n’indique que cet emplacement fut fortifié. Seul ce cercle d’arbres est révélateur d’une forteresse destinée à protéger le passage du fleuve.

PlaceDonjon

Boismont, place du Donjon

Ce « donjon » se situe à l’entrée du village sur la droite de la route (D3) menant à Saint-Valery-sur-Somme. Il donne son nom à la place du donjon ouvrant sur la rue Huré et la rue des falaises juste à coté du cercle d’arbres.

 

Le gué de Blanquetaque

Le gué de Blanquetaque (Blanche Tache) est un ancien passage situé à l’embouchure de la Somme. Il relie rive droite et rive gauche du fleuve Somme entre Port-le-Grand et Noyelles-sur-mer au nord et Boismont et Saigneville au sud.

carte blanquetaque

source : ministère de l’écologie, Atlas des paysages de la Somme, t. 2, 2008

Ce gué a permis le passage des hommes et des armées durant plusieurs siècles : entre deux marées le fond est solide et l’eau disparaît quasiment.  Il a aussi permis à des animaux domestiques ou sauvages, de mai à fin août, de traverser cette partie de la vallée de la Somme à marée basse et en période d’étiage.

Les marins ont nommé ce lieu Blanquetaque, c’est-à-dire tache blanche, car une falaise crayeuse forme au-dessus de Port-le-Grand une longue bande de couleur blanche et parce que le fonds du gué est constitué de gravier de marne (roche mélange de calcaire et d’argile) blanche.

Le passage ne durait pas toute l’année, il changeait tous les ans selon les grandes marées. Il commençait à être guéable vers mai et durait jusqu’à la fin du mois d’août, quelquefois un peu plus tard. Il sera moins utilisé après la construction des ponts d’Abbeville et disparaît après la construction des écluses et du canal de la Somme (1786-1827).

La légende d’Hugues Capet

En 981, sous le Roi Lothaire, le gué est utilisé par le prochain Roi de France, Hugues Capet pour ramener à Saint-Valery, les reliques de Riquier de Centule (évangélisateur de Picardie et fondateur du monastère de Centule – ancien nom de Saint-Riquier – en 625) et de  Valery de Leuconay (abbé de Leuconay – ancien nom de Saint-Valery-sur-Somme – et fondateur de l’Abbaye de Saint-Valery-sur-Somme vers 615) dont s’était emparées Arnoul II de Flandre.

Une légende élaborée par des moines de Saint-Riquier rapporte qu’Hugues Capet vit en songe saint Valery et saint Riquier qui lui annoncèrent son accession prochaine à la royauté (il devient Roi en 987). Ils lui demandèrent, en échange, de ramener leurs dépouilles à Saint-Valery.

Hugues Capet aurait porté lui-même sur ses épaules les chasses reliquaires en traversant le fleuve Somme à pied par le providentiel mais naturel gué de Blanquetaque. La légende, méconnaissant les phénomènes de marées en ce lieu, explique qu’un soldat franc, tenant une relique, pria Dieu pour que le niveau d’eau baisse et laisse passer l’armée. Le miracle s’accomplit : comme la mer rouge pour Moïse et les hébreux, les eaux s’écartent pour laisser passer Hugues Capet et les francs. Ces derniers restaureront ensuite l’abbaye de Saint-Valery détruite par les Vikings.

La bataille du gué de Blanquetaque : prélude à la guerre de cent ans*

Le 24 août 1346, Edouard III d’Angleterre bataille les français et force le gué.

La veille, bloqué par la marée haute à l’embouchure de la Somme, il avait demandé à ses prisonniers français du Vimeu de lui indiquer un passage au sec. Gobin Agache, un valet de ferme prisonniers des anglais originaire de Mons-en-Vimeu,  contre cent pièces d’or et l’offre de la liberté pour lui-même et vingt de ses compagnons, guide l’armée d’Edouard III et lui indique un gué praticable (l’épisode Gobin Agache est peut-être une légende :  selon le comte de Boubers-Abbeville, Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie, Tome V, 1842 p. 75, le gué était connu de tous, y compris d’Édouard III qui avait séjourné dans le Ponthieu une vingtaine d’années auparavant).

Gué blanquetaque-anglais

La bataille du gué de Blanquetaque, 24 août 1346

Le gué est défendu par les troupes françaises du Roi Philippe VI de Valois, fortes de 12 000 hommes, notamment au sud depuis et autour du Donjon de Boismont. Les cavaliers anglais entrent dans le fleuve. Les français, sans attendre leur ennemi sur la rive opposée, s’élancent dans l’eau à leur tour. Une bataille s’engage alors dans le lit du fleuve. Les défenseurs français sont vaincus. La Somme franchie, les anglais continueront leur marche et établiront leur camp au nord-est de Crécy-en-Ponthieu. Ce sera la bataille de Crécy remportée par Edouard III le 26 août 1346.

 

  • Paul Roger, Bibliothèque historique, monumentale, ecclésiastique et littéraire de la Picardie et de l’Artois,  Amiens, 1844
  • Coopérative scolaire de l’École publique de Ramburelles, La Guerre de cent ans en Vimeu, tome 1, du début du conflit à Crécy, édition Juste au corps, 1995
  • Histoire du Vimeu, site internet
  • Alain Demurger, Temps de crises, temps d’espoirs, XIVe-XVe siècle, points histoire, 1990
  • Laurent Theis, L’Héritage des Charles. De la mort de Charlemagne aux environs de l’an mil, points histoire, 1990
  • Ministère de l’écologie, Atlas des paysages de la Somme, 2008 :
  • Roger Agache, photos aériennes, base architecture Mérimée, ministère de la culture
  • Conseil départemental de la Somme, Vivre en Somme, octobre 2009,  page 14
  • Jean Froissart, chroniques, édition de la Société d’histoire de France, Siméon Luce, Renouard, 1869
  • *La guerre de cent ans débute par une querelle de famille qui va se transformer en une contestation de la légitimité des rois de France. Petit-fils de Philippe IV le Bel roi de France, Edouard III est roi d’Angleterre depuis 1327 et duc d’Aquitaine. Il est écarté de la succession au trône de France par Philippe VI, neveu de Philippe le Bel qui devient roi de France en 1328. Edouard III, en tant que roi d’Angleterre est l’égal du roi de France mais en tant que duc d’Aquitaine il est vassal du roi de France et lui doit donc obéissance et fidélité. En 1337, Philippe VI confisque au roi d’Angleterre le duché d’Aquitaine. Edouard III déclare Philippe VI illégitime et rompt son lien de vassalité avec le roi de France. Il revendique la couronne de France et pour faire valoir ses droits entre en guerre contre la France : c’est le début de la guerre de cent ans.
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